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Sécurité incendie : ce que le mobilier ne doit jamais obstruer
Un plan d’aménagement peut être conforme et devenir non conforme par la seule position du mobilier. La largeur d’un dégagement se mesure libre d’obstacle, et un meuble posé au bon endroit suffit à la réduire, voire à créer un cul-de-sac là où le plan n’en prévoyait aucun.
Les chiffres qui commandent, et d’où ils viennent
Les règles applicables aux lieux de travail figurent aux articles R4216-1 et suivants du Code du travail. Trois séries de valeurs y suffisent à comprendre ce qu’une implantation ne doit jamais toucher.
- L’unité de passage, 0,60 mètre : L’article R4216-5 fixe la largeur des dégagements par multiples d’une largeur type de 0,60 mètre. Avec une exception qui surprend souvent : quand un dégagement ne comporte qu’une unité de passage, sa largeur est portée à 0,90 mètre, et quand il en comporte deux, à 1,40 mètre et non 1,20.
- Le nombre de dégagements selon l’effectif : L’article R4216-8 en donne la table : jusqu’à vingt personnes, un dégagement d’une unité de passage ; de vingt et une à cinquante, un dégagement et un dégagement accessoire ; de cinquante et une à cent, deux dégagements de deux unités ; de cent une à deux cents, deux dégagements de trois unités ; et au-delà de cinq cents, un dégagement supplémentaire par tranche de cinq cents personnes.
- Les distances, et le cul-de-sac : L’article R4216-11 plafonne à quarante mètres la distance à parcourir pour gagner un escalier en étage ou en sous-sol, impose que le débouché de cet escalier au rez-de-chaussée se situe à moins de vingt mètres d’une sortie, et interdit tout cul-de-sac de plus de dix mètres sur un itinéraire de dégagement.
Pourquoi c’est notre affaire et pas seulement celle du bâtiment
Ces largeurs se mesurent libres d’obstacle. Un mur de casiers, un bac à plantes, un porte-manteau, un photocopieur, une desserte laissée là après la livraison : chacun ampute la largeur réelle, et aucun ne figure sur le plan de désenfumage.
Le cas le plus sérieux est le cul-de-sac créé par le mobilier. Un plateau dont les circulations étaient traversantes devient un ensemble d’impasses dès qu’on ferme un passage par une rangée de rangements ou un banc. La limite de dix mètres est alors dépassée sans que personne n’ait modifié une cloison, et le défaut n’apparaît qu’à la visite de conformité.
Une porte compte aussi. Une porte qui s’ouvre dans une circulation en réduit la largeur pendant qu’elle est ouverte, et c’est précisément le moment de l’évacuation.
Ce qui ne doit jamais être masqué
- Les extincteurs et les robinets d’incendie armés : Ils doivent rester visibles et accessibles. Un meuble posé devant un extincteur est le défaut le plus banal des plateaux réaménagés, parce que l’extincteur est à hauteur de crédence et que la crédence est pratique.
- Les commandes de désenfumage : Souvent un boîtier discret en tête de circulation, parfois confondu avec un interrupteur. Le masquer est plus grave que de masquer un extincteur, et cela arrive plus souvent.
- Les blocs de secours et la signalisation : Une signalétique d’évacuation cachée derrière un panneau acoustique haut ou un écran suspendu ne remplit plus sa fonction.
- Les portes coupe-feu : Une porte coupe-feu maintenue ouverte par une cale ne sert plus à rien. Si le besoin de la garder ouverte est réel, il existe des dispositifs prévus pour cela, qui la referment sur détection. La cale n’en est pas un.
Le mobilier lui-même : réaction au feu
Des exigences de réaction au feu peuvent porter sur les aménagements, et elles sont sensiblement plus présentes dans les établissements recevant du public que sur un plateau de bureaux classique. Elles concernent notamment les revêtements, les textiles, les cloisonnettes et les éléments de décoration.
Ce qu’il faut en retenir côté commercial est simple et opérationnel : quand une exigence de classement est demandée, elle se prouve par un document, un procès-verbal de classement délivré par un laboratoire. Une affirmation commerciale ne vaut rien à la place. Demander ce document au fabricant avant de s’engager évite de découvrir à la réception qu’une gamme choisie n’est pas admissible dans ce local.
Et l’inverse mérite d’être dit aussi : exiger un classement là où il n’est pas requis renchérit un projet sans rien apporter. La bonne question n’est pas « ce mobilier est-il classé » mais « ce local exige-t-il un classement, et lequel ».
Bureau ou établissement recevant du public, la question de départ
Les dispositions du Code du travail ne dispensent pas des exigences plus contraignantes applicables aux établissements recevant du public, qui relèvent du Code de la construction et de l’habitation. Un même immeuble peut abriter les deux : des plateaux de bureaux d’un côté, un hall d’accueil ou un auditorium recevant du public de l’autre.
C’est la question à poser au tout début, et la réponse ne nous appartient pas. Elle appartient au maître d’ouvrage et à son bureau de contrôle. Mais elle décide de ce que nous devons fournir, et une réponse tardive coûte une commande refaite.
La méthode qui évite presque tout
Tracer les circulations et les largeurs exigées sur le plan d’implantation avant d’y poser le premier meuble, et non l’inverse. C’est une contrainte de dessin de dix minutes qui élimine la quasi-totalité des défauts, parce qu’elle rend visible ce que le mobilier ne peut pas occuper.
Puis faire relire l’implantation par celui qui en répond, bureau de contrôle ou responsable sécurité du site, avant la commande. Une implantation validée avant commande coûte une relecture. La même implantation validée après livraison coûte un déménagement de mobilier, et parfois du mobilier en trop.
La limite de cet article
Ces valeurs sont celles du Code du travail pour les lieux de travail, et elles peuvent être plus contraignantes ailleurs, selon le classement du local, la hauteur du bâtiment ou la présence d’activités particulières. Les textes évoluent, et un cas précis se tranche avec un bureau de contrôle.
Connaître ces ordres de grandeur ne remplace donc pas un avis. Cela sert à autre chose, et c’est déjà beaucoup : repérer un problème sur un plan avant qu’il ne devienne un problème sur un chantier.
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